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  • Portrait de Catherine II (fr)
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  • Philippe de Lasalle naît en 1723 à Seyssel, d'un père receveur général des fermes de Savoie qui disparaît alors que son fils est âgé d'un an. Pris en charge par son oncle maternel, Étienne Benoît, il arrive à Lyon vers l'âge de quatorze ans. Il suit la formation des futurs dessinateurs de soieries, qu'il complète à Paris. En 1744, il est de retour à Lyon comme apprenti chez Jean Mazamieu, « maître fabricant d'étoffes d'or, d'argent et de soye ». Il accède à la maîtrise « par franchise » après son mariage, en 1749, avec la fille de François Charrié, maître depuis 1719. Il s'installe chez son beau-père rue Sainte-Catherine, et il est associé de la maison Charrié père et fils comme marchand-fabricant et premier dessinateur. Il dirige son propre commerce en 1751. Dès lors, il commence à démontrer ses divers talents. À partir de 1758, il s'affirme comme inventeur et reçoit des soutiens du gouvernement. Il commence, en 1760, à travailler à un nouveau métier. Cette même année, dans une lettre que Jean-Baptiste-François de La Michodière, intendant de Lyon, adresse à Daniel-Charles Trudaine, directeur du Commerce, Philippe de Lasalle est présenté « comme le premier dessinateur de Lyon ». Durant une trentaine d'années, il vise à améliorer la rentabilité des manufactures tout en permettant l'exécution de dessins très aboutis. Il est à l'origine d'importantes innovations techniques et pour cela obtient, au cours de sa carrière, des récompenses peu communes pour les progrès qu'il génère dans le développement des manufactures et pour les améliorations qu'il apporte au métier. Il est finalement anobli en 1775 et reçoit le cordon de l'Ordre de Saint-Michel, ordre de chevalerie qui gratifie les savants, les écrivains et les artistes. L'Académie des sciences consacre, en 1779, ses recherches en lui décernant le prix d'honneur. En 1783, il obtient la grande médaille d'or destinée aux travaux les plus utiles au commerce. Les archives et les documents qui le citent avant la Révolution le désignent tout à la fois comme « marchand », « négociant », « mécanicien », « inventeur », « fabricant » ou « dessinateur », et sa production a été abondante. Mais Philippe de Lasalle perd beaucoup au Siège de Lyon en 1793. Sous le Directoire, sa situation est précaire. Il refuse cependant le poste de professeur de dessin à Lyon qui lui est proposé par le ministre de l'Intérieur, mais accepte de s'installer dans les bâtiments du Grand Collège, puis au Palais Saint-Pierre, où il transporte ses métiers dont le Conseil municipal a fait l'acquisition. Il y meurt en 1804. Avant la Révolution, plusieurs sources le citent comme « artiste » ; un peu plus d'un siècle après sa mort, on se souvient de lui comme du « Raphaël du dessin de fabrique ». C'est en inaugurant un genre nouveau, celui du portrait tissé, qu'il affirma tout à la fois son talent pour le dessin, sa connaissance de l'art de mettre en carte et sa parfaite maîtrise du métier. Les portraits tissés dont il fut le créateur allaient être promis à une grande postérité et constituer une spécificité de la Fabrique lyonnaise. Un portrait de l'impératrice de toutes les Russies Catherine II tissé par Philippe de Lasalle est mentionné pour la première fois dans une lettre envoyée par Voltaire à la tsarine, le 15 mai 1771. Il y relate la visite que la princesse Dachkova, Ekaterina Romanovna Vorontsova, vient de lui rendre à Ferney. « Dès qu'elle est entrée dans le salon, elle a reconnu votre portrait en mezzo tinto fait à la navette sur un satin, entouré d'une guirlande de fleurs. Votre Majesté impériale l'a dû recevoir du s[ieur] de La Salle. C'est un chef-d'œuvre des Arts que l'on exerce dans la ville de Lyon, et qu'on cultivera bientôt à Petersbourg, ou dans Andrinople, ou dans Stamboul, si les choses vont du même train. Il faut qu'il y ait quelque vertu secrète dans votre image, car je vis les yeux de Madame la princesse Daschkoff fort humides en regardant cette étoffe. » La réponse de l'impératrice, le 10 juin 1771, montre que Catherine II entend le nom de Philippe de Lasalle pour la première fois : « Je ne connais les ouvrages du sieur Lasalle que par ce que vous venez de m'en dire. Si mon portrait qui est dans votre salon me ressemble, il doit vous exprimer ma sensibilité pour l'amitié que vous voulez bien me marquer. » Ce portrait, toujours conservé à Ferney-Voltaire (inv. FER1999000123), porte l'inscription brodée : « LASALLE INVEN(it) ET FECIT», « Lasalle l'a conçu et fait », accompagnée de la précision : « PRESENTE A MONSIEUR DE VOLTAIRE PAR L'AUTEUR ». Peu de temps après sa réponse, l'impératrice dut recevoir l'exemplaire conservé au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg (inv. T-6920), qui porte en broderie la signature du maître, « LASALLE FECIT », et des vers composés par Voltaire lui-même : « DU NIL AU BOSPHORE, L'OTTOMAN FREMIT./ SON PEUPLE L'ADORE, LA TERRE APPLAUDIT. V[oltaire]. » On y reconnaît les lignes d'ouverture d'une lettre datée du 24 mars 1771, adressée à Jean-François-René Tabareau, directeur général des postes à Lyon, que l'auteur accompagne de ces quelques mots : « Voilà, Monsieur, ce que j'ai pu faire de plus court pour votre protégé ; et le plus court, en pareil cas, est toujours le moins mauvais. » Le récipiendaire, probablement, ajouta cette note manuscrite : « Vers destinés à être mis au bas d'un portrait de l'impératrice de Russie, exécuté à Lyon sur le métier, par les soins de M. de La Salle, fabricant très habile. » Elle reçut également une scène tissée, agrémentée du même entour de fleurs, commémorant la victoire de ses armées sur la flotte turque à Tchesmé, en 1770. Catherine II, sous les traits de Minerve, y décore de l'ordre de Saint-Georges le comte Alexeï Grigorievitch Orlov-Chesmensky. La signature de Lasalle, « LASALLE FECIT », y est également brodée, avec d'autres vers composés par Voltaire : « REÇOIS DE CETTE AMAZONE/ LE NOBLE PRIX DE TES COMBATS./ C'EST VENUS QUI TE LE DONNE/ SOUS LA FIGURE DE PALLAS. V[oltaire]. » Deux autres exemplaires du Portrait de Catherine II sont aujourd'hui conservés : le premier, au Metropolitan Museum de New York (inv. 41.78), porte les mêmes inscriptions brodées que l'exemplaire de Saint-Pétersbourg ; le second, au musée des Tissus, en est étonnamment dépourvu. L'impératrice fut apparemment très satisfaite de son portrait et de l'allégorie célébrant la victoire de Tchesmé. Il en résulta plusieurs commandes passées à Philippe de Lasalle pour décorer les résidences de la tsarine. L'effigie de Catherine II introduit la série des portraits tissés par Philippe de Lasalle, que le musée des Tissus est seul à conserver au grand complet (inv. MT 45306, MT 45307, MT 2856 et MT 2857). Le musée des Tissus est riche aussi de quatre mises en carte originales qui servirent à réaliser ces premiers portraits tissés : deux pour le Portrait de Catherine II (inv. MT 42162 et sans numéro), la mise en carte du Portrait du comte d'Artois (inv. MT 25081) et celle de l'entour de fleurs des effigies de la tsarine, de Louis XV et de la comtesse de Provence (inv. MT 1701). Elles permettent de mesurer toute l'innovation du procédé inventé par Philippe de Lasalle. Le médaillon a été tissé indépendamment du fond avec l'entour de fleurs. Puis il était rapporté par broderie. Enfin, les inscriptions étaient elles aussi brodées. La méthode comporte plusieurs avantages. La différence de brillance entre la contexture du médaillon — un taffetas broché sur fond taffetas, dans le cas du Portrait de Catherine II — et celle du fond, un lampas broché sur fond satin, magnifie le portrait par le simple jeu de réflexion de la lumière. Par ailleurs, tandis que le médaillon peut varier en fonction du sujet représenté, l'étoffe de fond reste inchangée. Elle peut donc être tissée de manière rationnelle, en réalisant plusieurs exemplaires sur la longueur d'une seule laize pour réduire les coûts de production : le même entour de fleurs accompagne les différents portraits conservés et l'allégorie en l'honneur des victoires de Catherine II. Et puisque la mise en carte conservée au musée des Tissus présente en son centre des oiseaux et un buisson de roses, elle pouvait être utilisée pour tisser des étoffes qui n'étaient pas destinées à recevoir un médaillon rapporté. La signature de Philippe de Lasalle, sur les exemplaires de Ferney-Voltaire, de Saint-Pétersbourg et de New York, montre qu'il considérait ces réalisations comme des chefs-d'œuvre. La mise en carte n'est d'ailleurs pas l'imitation servile d'un modèle préexistant. Le dessinateur s'inspire probablement d'un médaillon sculpté par Jean-Baptiste Nini pour le profil de Catherine II, conservé au Metropolitan Museum de New York (inv. 52.189.11 et 52.189.12). Mais le modèle mis en carte relève de la véritable création artistique par la disposition des camaïeux que doivent former les trames colorées pour donner l'illusion du relief. Sur la mise en carte de l'entour de fleurs, c'est la variété des essences représentées qui force l'admiration : oreilles d'ours, pensées, roses, renoncules, myosotis, pivoines, boules de neige, volubilis, tulipes perroquets ouvertes ou fermées, lilas, camélias, saponaires, pieds d'alouette, jasmin, cerisier, bleuets et œillets. En signant au moyen de la broderie plutôt que du tissage, Lasalle se présente comme un artiste intervenant directement sur son œuvre et non comme un simple manufacturier. Philippe de Lasalle n'aura finalement créé qu'un petit nombre de portraits tissés. Il ne commercialisa sans doute jamais cette production. Celle-ci s'ouvre avec le Portrait de Catherine II, créé entre le 24 mars (date de la lettre de Voltaire à Tabareau) et le 15 mai 1771 (visite à Ferney de la princesse Dachkova), se poursuit avec ceux de Louis XV (inv. MT 45306) et du comte de Provence (inv. MT 2856), offerts à Lyon à la princesse Marie-Joséphine de Savoie le 3 mai 1771, puis avec celui de la comtesse de Provence (inv. MT 45307), remis à Versailles au comte de Provence le 27 novembre 1771. Elle se conclut avec le Portrait du comte d'Artois (inv. MT 2857), réalisé avant son mariage avec la princesse Marie-Thérèse de Savoie célébré le 16 novembre 1773. Le statut des tapissiers de haute lisse de la Manufacture royale des Gobelins comme Pierre-François Cozette et les portraits produits à l'imitation de la peinture ou du pastel dans leurs ateliers, régulièrement présentés aux expositions de l'Académie royale de peinture et de sculpture entre 1763 et 1773, inspirèrent probablement son invention à Philippe de Lasalle. Les portraits tissés témoignent de la virtuosité du dessinateur et constituent une prouesse technique. Ils sont intimement liés aux développements technologiques. Mais ils n'ont d'autre fonction que celle d'objet d'art. En imitant la peinture, en s'appliquant à transcrire les traits des souverains, les réalisations de Philippe de Lasalle détournent la production des grands façonnés de soie de la Fabrique lyonnaise de leur usage en tentures ou pour l'ameublement. Les portraits qu'il produit, désignés par la signature de leur auteur comme des œuvres rares et exécutés en petite série, allaient fonder un genre appelé à connaître un développement exceptionnel et en fixer durablement les codes. Maximilien Durand (fr)
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  • 19810
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  • Philippe de Lasalle naît en 1723 à Seyssel, d'un père receveur général des fermes de Savoie qui disparaît alors que son fils est âgé d'un an. Pris en charge par son oncle maternel, Étienne Benoît, il arrive à Lyon vers l'âge de quatorze ans. Il suit la formation des futurs dessinateurs de soieries, qu'il complète à Paris. En 1744, il est de retour à Lyon comme apprenti chez Jean Mazamieu, « maître fabricant d'étoffes d'or, d'argent et de soye ». Il accède à la maîtrise « par franchise » après son mariage, en 1749, avec la fille de François Charrié, maître depuis 1719. Il s'installe chez son beau-père rue Sainte-Catherine, et il est associé de la maison Charrié père et fils comme marchand-fabricant et premier dessinateur. Il dirige son propre commerce en 1751. Dès lors, il commence à démontrer ses divers talents. À partir de 1758, il s'affirme comme inventeur et reçoit des soutiens du gouvernement. Il commence, en 1760, à travailler à un nouveau métier. Cette même année, dans une lettre que Jean-Baptiste-François de La Michodière, intendant de Lyon, adresse à Daniel-Charles Trudaine, directeur du Commerce, Philippe de Lasalle est présenté « comme le premier dessinateur de Lyon ». Durant une trentaine d'années, il vise à améliorer la rentabilité des manufactures tout en permettant l'exécution de dessins très aboutis. Il est à l'origine d'importantes innovations techniques et pour cela obtient, au cours de sa carrière, des récompenses peu communes pour les progrès qu'il génère dans le développement des manufactures et pour les améliorations qu'il apporte au métier. Il est finalement anobli en 1775 et reçoit le cordon de l'Ordre de Saint-Michel, ordre de chevalerie qui gratifie les savants, les écrivains et les artistes. L'Académie des sciences consacre, en 1779, ses recherches en lui décernant le prix d'honneur. En 1783, il obtient la grande médaille d'or destinée aux travaux les plus utiles au commerce. Les archives et les documents qui le citent avant la Révolution le désignent tout à la fois comme « marchand », « négociant », « mécanicien », « inventeur », « fabricant » ou « dessinateur », et sa production a été abondante. Mais Philippe de Lasalle perd beaucoup au Siège de Lyon en 1793. Sous le Directoire, sa situation est précaire. Il refuse cependant le poste de professeur de dessin à Lyon qui lui est proposé par le ministre de l'Intérieur, mais accepte de s'installer dans les bâtiments du Grand Collège, puis au Palais Saint-Pierre, où il transporte ses métiers dont le Conseil municipal a fait l'acquisition. Il y meurt en 1804. Avant la Révolution, plusieurs sources le citent comme « artiste » ; un peu plus d'un siècle après sa mort, on se souvient de lui comme du « Raphaël du dessin de fabrique ». C'est en inaugurant un genre nouveau, celui du portrait tissé, qu'il affirma tout à la fois son talent pour le dessin, sa connaissance de l'art de mettre en carte et sa parfaite maîtrise du métier. Les portraits tissés dont il fut le créateur allaient être promis à une grande postérité et constituer une spécificité de la Fabrique lyonnaise. Un portrait de l'impératrice de toutes les Russies Catherine II tissé par Philippe de Lasalle est mentionné pour la première fois dans une lettre envoyée par Voltaire à la tsarine, le 15 mai 1771. Il y relate la visite que la princesse Dachkova, Ekaterina Romanovna Vorontsova, vient de lui rendre à Ferney. « Dès qu'elle est entrée dans le salon, elle a reconnu votre portrait en mezzo tinto fait à la navette sur un satin, entouré d'une guirlande de fleurs. Votre Majesté impériale l'a dû recevoir du s[ieur] de La Salle. C'est un chef-d'œuvre des Arts que l'on exerce dans la ville de Lyon, et qu'on cultivera bientôt à Petersbourg, ou dans Andrinople, ou dans Stamboul, si les choses vont du même train. Il faut qu'il y ait quelque vertu secrète dans votre image, car je vis les yeux de Madame la princesse Daschkoff fort humides en regardant cette étoffe. » La réponse de l'impératrice, le 10 juin 1771, montre que Catherine II entend le nom de Philippe de Lasalle pour la première fois : « Je ne connais les ouvrages du sieur Lasalle que par ce que vous venez de m'en dire. Si mon portrait qui est dans votre salon me ressemble, il doit vous exprimer ma sensibilité pour l'amitié que vous voulez bien me marquer. » Ce portrait, toujours conservé à Ferney-Voltaire (inv. FER1999000123), porte l'inscription brodée : « LASALLE INVEN(it) ET FECIT», « Lasalle l'a conçu et fait », accompagnée de la précision : « PRESENTE A MONSIEUR DE VOLTAIRE PAR L'AUTEUR ». Peu de temps après sa réponse, l'impératrice dut recevoir l'exemplaire conservé au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg (inv. T-6920), qui porte en broderie la signature du maître, « LASALLE FECIT », et des vers composés par Voltaire lui-même : « DU NIL AU BOSPHORE, L'OTTOMAN FREMIT./ SON PEUPLE L'ADORE, LA TERRE APPLAUDIT. V[oltaire]. » On y reconnaît les lignes d'ouverture d'une lettre datée du 24 mars 1771, adressée à Jean-François-René Tabareau, directeur général des postes à Lyon, que l'auteur accompagne de ces quelques mots : « Voilà, Monsieur, ce que j'ai pu faire de plus court pour votre protégé ; et le plus court, en pareil cas, est toujours le moins mauvais. » Le récipiendaire, probablement, ajouta cette note manuscrite : « Vers destinés à être mis au bas d'un portrait de l'impératrice de Russie, exécuté à Lyon sur le métier, par les soins de M. de La Salle, fabricant très habile. » Elle reçut également une scène tissée, agrémentée du même entour de fleurs, commémorant la victoire de ses armées sur la flotte turque à Tchesmé, en 1770. Catherine II, sous les traits de Minerve, y décore de l'ordre de Saint-Georges le comte Alexeï Grigorievitch Orlov-Chesmensky. La signature de Lasalle, « LASALLE FECIT », y est également brodée, avec d'autres vers composés par Voltaire : « REÇOIS DE CETTE AMAZONE/ LE NOBLE PRIX DE TES COMBATS./ C'EST VENUS QUI TE LE DONNE/ SOUS LA FIGURE DE PALLAS. V[oltaire]. » Deux autres exemplaires du Portrait de Catherine II sont aujourd'hui conservés : le premier, au Metropolitan Museum de New York (inv. 41.78), porte les mêmes inscriptions brodées que l'exemplaire de Saint-Pétersbourg ; le second, au musée des Tissus, en est étonnamment dépourvu. L'impératrice fut apparemment très satisfaite de son portrait et de l'allégorie célébrant la victoire de Tchesmé. Il en résulta plusieurs commandes passées à Philippe de Lasalle pour décorer les résidences de la tsarine. L'effigie de Catherine II introduit la série des portraits tissés par Philippe de Lasalle, que le musée des Tissus est seul à conserver au grand complet (inv. MT 45306, MT 45307, MT 2856 et MT 2857). Le musée des Tissus est riche aussi de quatre mises en carte originales qui servirent à réaliser ces premiers portraits tissés : deux pour le Portrait de Catherine II (inv. MT 42162 et sans numéro), la mise en carte du Portrait du comte d'Artois (inv. MT 25081) et celle de l'entour de fleurs des effigies de la tsarine, de Louis XV et de la comtesse de Provence (inv. MT 1701). Elles permettent de mesurer toute l'innovation du procédé inventé par Philippe de Lasalle. Le médaillon a été tissé indépendamment du fond avec l'entour de fleurs. Puis il était rapporté par broderie. Enfin, les inscriptions étaient elles aussi brodées. La méthode comporte plusieurs avantages. La différence de brillance entre la contexture du médaillon — un taffetas broché sur fond taffetas, dans le cas du Portrait de Catherine II — et celle du fond, un lampas broché sur fond satin, magnifie le portrait par le simple jeu de réflexion de la lumière. Par ailleurs, tandis que le médaillon peut varier en fonction du sujet représenté, l'étoffe de fond reste inchangée. Elle peut donc être tissée de manière rationnelle, en réalisant plusieurs exemplaires sur la longueur d'une seule laize pour réduire les coûts de production : le même entour de fleurs accompagne les différents portraits conservés et l'allégorie en l'honneur des victoires de Catherine II. Et puisque la mise en carte conservée au musée des Tissus présente en son centre des oiseaux et un buisson de roses, elle pouvait être utilisée pour tisser des étoffes qui n'étaient pas destinées à recevoir un médaillon rapporté. La signature de Philippe de Lasalle, sur les exemplaires de Ferney-Voltaire, de Saint-Pétersbourg et de New York, montre qu'il considérait ces réalisations comme des chefs-d'œuvre. La mise en carte n'est d'ailleurs pas l'imitation servile d'un modèle préexistant. Le dessinateur s'inspire probablement d'un médaillon sculpté par Jean-Baptiste Nini pour le profil de Catherine II, conservé au Metropolitan Museum de New York (inv. 52.189.11 et 52.189.12). Mais le modèle mis en carte relève de la véritable création artistique par la disposition des camaïeux que doivent former les trames colorées pour donner l'illusion du relief. Sur la mise en carte de l'entour de fleurs, c'est la variété des essences représentées qui force l'admiration : oreilles d'ours, pensées, roses, renoncules, myosotis, pivoines, boules de neige, volubilis, tulipes perroquets ouvertes ou fermées, lilas, camélias, saponaires, pieds d'alouette, jasmin, cerisier, bleuets et œillets. En signant au moyen de la broderie plutôt que du tissage, Lasalle se présente comme un artiste intervenant directement sur son œuvre et non comme un simple manufacturier. Philippe de Lasalle n'aura finalement créé qu'un petit nombre de portraits tissés. Il ne commercialisa sans doute jamais cette production. Celle-ci s'ouvre avec le Portrait de Catherine II, créé entre le 24 mars (date de la lettre de Voltaire à Tabareau) et le 15 mai 1771 (visite à Ferney de la princesse Dachkova), se poursuit avec ceux de Louis XV (inv. MT 45306) et du comte de Provence (inv. MT 2856), offerts à Lyon à la princesse Marie-Joséphine de Savoie le 3 mai 1771, puis avec celui de la comtesse de Provence (inv. MT 45307), remis à Versailles au comte de Provence le 27 novembre 1771. Elle se conclut avec le Portrait du comte d'Artois (inv. MT 2857), réalisé avant son mariage avec la princesse Marie-Thérèse de Savoie célébré le 16 novembre 1773. Le statut des tapissiers de haute lisse de la Manufacture royale des Gobelins comme Pierre-François Cozette et les portraits produits à l'imitation de la peinture ou du pastel dans leurs ateliers, régulièrement présentés aux expositions de l'Académie royale de peinture et de sculpture entre 1763 et 1773, inspirèrent probablement son invention à Philippe de Lasalle. Les portraits tissés témoignent de la virtuosité du dessinateur et constituent une prouesse technique. Ils sont intimement liés aux développements technologiques. Mais ils n'ont d'autre fonction que celle d'objet d'art. En imitant la peinture, en s'appliquant à transcrire les traits des souverains, les réalisations de Philippe de Lasalle détournent la production des grands façonnés de soie de la Fabrique lyonnaise de leur usage en tentures ou pour l'ameublement. 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